Il est beaucoup question du temps aujourd'hui et encore plus de son accélération comme le remarque Nicole Aubert qui a publié fin 2011, dans la collection Champs de Flammarion, Le culte de l'urgence.
Pour Paul Virilio, le moindre des paradoxes du progrès n'est pas que plus nous sommes équipés d'appareils censés nous faire gagner du temps, plus nous avons le sentiment d'en manquer. Autre manifestation du progrès: à force de traverser les fuseaux horaires, nous perdons la notion du temps. Plus ou moins délivrés des contraintes de l'espace, c'est sur le temps que nous concentrons désormais notre volonté de conquête. Et nous réussissons pas mal; tout va de plus en plus vite. Résultat, notre quotidien est marqué par l'urgence, le triomphe de l'immédiat et le règne de l'instantanéité.
Nous vivons une mutation radicale dans notre rapport au temps et
"cette mutation, poursuit Nicole Aubert, contribue à l'émergence
d'un nouveau type d'individu, flexible, pressé, centré sur l'immédiat, le court
terme et l'instant, un individu à l'identité incertaine et fragile".
Et là est bien le danger. L'ivresse de l'urgence donne le sentiment de vivre
intensément, de vaincre la mort en triomphant du temps. Mais tout cela n'est
qu'illusion. Et toute la question est aujourd'hui de savoir comment (re)partir
à la (re)conquête du temps. Les philosophes et les sociologues s'emparent du
sujet. Les artistes, beaucoup moins quand ils ne participent pas eux - mêmes à
l'accélération du temps comme le font les artistes urbains qui restent dans la
rue résistant à l'attrait des cimaises des galeries et des collections privées.
Face au temps trompeur, on ne peut que savoir gré à l’Institut
culturel Bernard Magrez de consacrer dans son Hôtel Labottière son exposition inaugurale à L’Etoffe du Temps. Qu’est-ce que le
temps interroge le commissaire de l’exposition Ashok Adicéam, par ailleurs
directeur de l’institut? Une stricte mesure qui rythme l’histoire de l’homme ? Ou
une abstraction subjective façonnée par lui, qui traduit son vécu? Pour
répondre à ces questions, une vingtaine d’œuvres (sculptures, peintures,
installations, photographies et vidéos) ont été rassemblées pour éclairer,
chacune à leur manière, notre rapport au temps. L’exposition d’art moderne et
contemporain s’articule autour de deux conceptions du temps : le temps
intelligent, celui que les hommes cherchent désespérément à maîtriser, et le
temps intuitif, celui de la contemplation et de l’horloge interne. Les artistes présentés sont au nombre de dix neuf
(Darren Almond, Brigitte Aubignac, Mircea Cantor, Marc Desgrandschamps, Alberto
Giacometti, Laurent Grasso, On Kawara, William Kentridge, Anselm Kiefer, Yves
Klein, Claude Lévêque, Roman Opalka, Jean-Michel Othoniel, Lucas Pancrazzi,
Pablo Picasso, Piotr Uklanski, Xavier Veilhan, Huang Yong Ping et Chen Zhen.
Certaines des œuvres présentées appartiennent à la collection Bernard Magrez ;
les autres sont des prêts publics ou privés.
L’exposition est ouverte du mardi au samedi de 12 à 18 heures (20
heures le vendredi) 5, rue Labottière à Bordeaux jusqu’au 15 janvier 2012. www.institut-berbard-magrez.com
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