Comme
le souligne Paul Virilio, le moindre des paradoxes du progrès n’est pas que
plus nous sommes équipés d’appareils censés nous faire gagner du temps, plus
nous avons le sentiment d’en manquer. Autre manifestation du progrès: à force
de traverser les fuseaux horaires, nous perdons la notion du temps. Plus ou
moins délivrés des contraintes de l’espace, c’est sur le temps que nous
concentrons désormais notre volonté de conquête. Et nous réussissons pas mal;
tout va de plus en plus vite. Résultat, notre quotidien est marqué par
l’urgence, le triomphe de l’immédiat et le règne de l’instantanéité.
Nous
vivons une mutation radicale dans notre rapport au temps et “cette mutation, écrit
Nicole Aubert, contribue à
l’émergence d’un nouveau type d’individu, flexible, pressé, centré sur
l’immédiat, le court terme et l’instant, un individu à l’identité incertaine et
fragile“. Et là est bien le danger. L’ivresse de l’urgence donne le
sentiment de vivre intensément, de vaincre la mort en triomphant du temps. Mais
tout cela n’est qu’illusion. Et toute la question est aujourd’hui de savoir
comment (re)partir à la (re)conquête du temps. Les philosophes et les
sociologues s’emparent du sujet. Les artistes, beaucoup moins quand ils ne
participent pas eux–mêmes à l’accélération du temps comme le font les artistes
urbains qui restent dans la rue, résistant à l’attrait des cimaises des
galeries et des collections privées.
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