Après que Thierry Geffrotin, musicien, rédacteur en chef
à Europe 1, directeur du service
culture, se soit demandé : qu’est-ce que veut dire « apprécier » ?,
Nathalie Heinich, sociologue, directrice de recherche au CNRS, a tout bonnement
refusé l’injonction d’Arnaud Laporte,
qu’elle juge élitaire.
Le goût pour l’art, fait – elle justement remarquer, peut
se déployer dans deux registres : celui de la passion ou celui de la
raison. Dans le premier cas, l’attirance pour une œuvre d’art viendra d’un choc,
d’une émotion. Dans le second cas, cette attirance sera le fruit d’un
enseignement. Les deux registres existent. Tous deux sont légitimes même si le
monde des savants privilégie l’accès livresque à l’art.
Reste qu’une connaissance enseignée accroîtra le plaisir
et surtout qu’elle autorise une
ouverture plus large à la réception de l’art. On touche ici au rôle de l’école.
Et Claude Mollard, autre intervenant invité par Aranud Laporte, n’a pas manqué
l’occasion pour dénoncer le peu de place laissé à l’enseignement artistique
dans les programmes scolaires français. Peu éduqués, les petits Français ont
peu de chance d’apprécier le travail des artistes si la nature ne les a pas
dotés d’un appétit naturel ou si leur entourage ne se substitue pas au système
scolaire. En ce sens, l’ancien collaborateur de Jack Lang a raison de dénoncer
la querelle sclérosante qui oppose depuis 1959 le ministère de l’éducation
nationale au ministère de la culture, le premier n’ayant jamais vraiment
accepté la naissance du deuxième à partir de l’une de ses directions majeures,
la direction des arts et des lettres.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire